Décor Sonore

Masterclass à St Pétersbourg

Du 16 au 22 décembre 2019, une semaine de rencontres et de workshop pour La Nuit la plus longue de l'Institut Français de Saint-Pétersbourg.

Crédit photos et visuels : Institut français de Russie - Antenne de Saint-Pétersbourg 

A l’invitation de l’Institut Français de Saint-Pétersbourg, ce voyage avait pour double but de rencontrer des partenaires intéressés par une future création in situ de la compagnie Décor Sonore en Russie, et de mener une sorte de masterclass avec Michel Risse, aboutissant à une performance collective faisant résonner les espaces de l’Institut pour son festival « La nuit la plus longue ».

La première prise de contact avec les participants de cet atelier – essentiellement des membres de l’Orchestre d’Improvisateurs de Saint-Pétersbourg – s’est déroulée lors d’un « artist talk » public au Musée du son, le lieu alternatif d’exposition, expérimentations et performances consacré à la création sonore de Saint-Pétersbourg, le lundi 16 février 2019.

Le lendemain, à la nouvelle scène du théâtre Alexandrinski, dans le cadre du Laboratoire des nouveaux média, Michel Risse donnait une autre conférence consacrée au travail de la compagnie Décor Sonore, avant de rejoindre les participants pour la première séance des ateliers d’écoute et d’exploration des locaux de l’Institut Français.

Situé sur la perpective Nievski, l’Institut Français est un ancien grand magasin de la fin du XIXe siècle. Quatre étages abritent des bureaux, des salles de cours, un atrium, une médiathèque – ainsi que le salon de thé « Ô Petit », fameux pour ses croissants à la rose ! C’est tout ce déjà-là qui allait constituer à la fois l’espace acoustique, scénique et public, la source d’inspiration et la ressource sonore principales de la création collective, imaginée sous la forme d’un parcours-concert allant de l’atrium à la médiathèque en passant par les vestiaires, couloirs et escaliers.

Contrairement aux concerts de l’Orchestre d’Improvisateurs qui suivent les mots d’ordres et les codes de direction de Dmitry Shubin (avec un langage gestuel bien distinct du « sound painting »), la cohésion de l’ensemble et du déroulement était fondée sur l’écoute permanente de l’interaction entre les instrumentistes (ou vocalistes) et le lieu lui-même. Il s’agissait de faire vivre et entendre au maximum l’architecture, les formes, les espaces et les matériaux. Grâce à l’esprit d’exploration, la grande expérience en improvisation collective des musicien(ne)s et la confiance dans le projet de Michel Risse, il a été possible de composer en à peine quatre séances un parcours-partition cohérent, faisant résonner les objets, formes et matériaux, dans un déroulement logique comme « dirigé » par le lieu.

Ainsi le premier mouvement du concert débutait dans l’atrium, cour intérieure fermée d’un toit de verre et assez réverbérante. Bruissements, frôlements, frottements faisant entendre les poufs rembourrés de billes en polystyrène progressivement confisqués aux spectateurs, les surfaces de plâtre, de marbre et de verre, les parapets de métal, dans des souffles de plus en plus colorés… jusqu’à mener aux résonances des appliques lumineuses du couloir, dont chaque corolle révélait une note différente, comme des cloches de verre jalonnant le parcours et, de proche en proche, conduisant tout naturellement aux étages.

Le deuxième mouvement (mouvement musical mais aussi déplacement physique des musiciens et des spectateurs) allait ensuite occuper et rendre audible toute la cage d’escalier : volumes acoustiques, vitres de la cage d’ascenseur, rampes et balustrades, faisant progressivement entrer l’amplification et l’électronique dans le jeu : mégaphone, basse électrique du haut du 4e étage, micros piezo-électriques…

Parvenus à la médiathèque, en plus des instruments déjà-là (piliers d’acier, étagères, ustensiles empruntés au salon de thé…), synthétiseurs analogiques modulaires et informatique musicale étaient installés au bureau d’emprunt et de restitution des livres, en forme d’accueil et d’introduction au troisième et dernier mouvement, mélange d’électro-acoustique, d’instruments, d’objets amplifiés ou non, et même la participation du paysage sonore de la ville avec l’ouverture physique d’une fenêtre donnant sur la perspective Nievski !

Et c’est par le « clap » de la fermeture d’un livre (emprunté à la bibliothèque) que s’est refermé symboliquement le dernier tutti de ce concert concret…

… qui devrait se poursuivre par une collaboration artistique et technique en vue d’une création in situ à Saint-Pétersbourg en 2020, peut-être un grand « Jardin Sharawadji » ?