Décor Sonore

Les Chants du Chantier / Les Très Hauts-Parleurs

(titre en cours / projet en cours)

Jardiner le paysage sonore urbain en transformant les grues-tours des chantiers de construction et tout autre point en acousmoniums géants.

C’est au cours de nos repérages en bordure du périphérique nord pour nos promenades Borderliners que s’est imposée l’idée d’utiliser ces forêts de grues-tour qui hérissent les grands chantiers de construction parisiens. Ces espaces transitoires, à la fois spatialement (puisqu’ils sont le lieu d’échanges de flux automobiles et piétons) et temporellement (puisqu’ils n’existent que le temps des chantiers et durant leurs phases d’activité), nous sont apparus comme particulièrement propices à des créations de paysages sonores éphémères, des œuvres propres à modifier le ressenti de ces chantiers, de ces changements, de la cité.

Lors de la Nuit blanche 2012 sur le campus de Jussieu, s’est concrétisée notre première expérience de diffusion sonore urbaine à grande hauteur, sur la tour Zamansky qui culmine à 80 m et domine le site de l’UPMC et tout le quartier Jussieu. Pour notre installation Jardin Sharawadji, le toit de la tour fut équipé de 4 systèmes sonores à longue portée orientés aux 4 points cardinaux, diffusant des sortes de souffles colorés se déplaçant lentement sur 360°, à la manière d’un phare sonore.

 

Les vertus singulières de ce projet de création sonore reposent sur la combinaison de quelques caractéristiques remarquables :

- les seuls sons qui viennent du ciel sont les oiseaux et, surtout, les aéronefs, avions et hélicoptères. Toute autre matière sonore apparaît de manière neuve aux oreilles des passants

- la grande hauteur des diffuseurs électro-acoustiques et leur forte directivité permettent de répartir les sons dans l’espace sur de longues distances

- les mouvements virtuels de rotation sonore évitent toute insistance ou agressivité. Par réflexions, ces mouvements créent un paysage vivant, animé, mettant en valeur les caractéristiques acoustiques des architectures : caractéristiques des parois et sols, volumes, géométries.

- les compositions ne sont pas conçues pour être écoutées en tant qu’œuvres en soi, mais bien plutôt pour faire miroiter l’environnement et créer de nouvelles perspectives sonores. Elles sont obtenues essentiellement en travaillant à partir de matières sonores contextuelles, prélevées sur le site.


Ce mouvement perpétuel fait « vivre » et ressentir l’espace physique et acoustique de l’architecture, aucun son n’étant jamais perçu entièrement dans l’axe d’un haut-parleur. Ainsi un grand son polyphonique et mouvant se répand sur Paris, irrigue la cité, se reflète dans l’architecture, s’éloigne et réapparaît dans un cycle de respirations ; une autre expérience de l’espace, une modification invisible mais prégnante du paysage urbain.