Décor Sonore

Une histoire de pavillons, de cornets et de paraboles


Entre les débuts de la guerre aérienne et l’invention du radar, la localisation nocturne des aéronefs ennemis se fit exclusivement « à l’oreille », à l’aide de sortes de prothèses auditives géantes, extravagants cornets acoustiques orientables et stéréophoniques, que des opérateurs – souvent des musiciens – étaient chargés d’écouter en permanence pour guider les tirs de la DCA.

C’est probablement dans l’un de ces innombrables documentaires télévisés sur la « grande » guerre que, dans mes jeunes années, j’ai dû entrevoir l’un de ces étranges appareils. Est-ce à cause des magnifiques pavillons monumentaux montés sur une tourelle rotative, ou de l’expression experte et concentrée du héros moderne à l’écoute, je n’ai jamais pu oublier cette vision, conservée dans ma mémoire avec la force d’une image mythologique ou d’une scène primitive.
 


C’était l’exemple parfait de l’anti-canon ; de l’appareil qui reçoit des sons au lieu d’envoyer des projectiles ; qui revêt à la fois le prestige de l’uniforme, de la technologie militaire, merveilleuse et parfaitement explicite. J’ai immédiatement envié ce héros qui, grâce à ses oreilles, pouvait sauver des vies sans en sacrifier aucune, et je me suis probablement identifié à lui.

Bien des années plus tard, je reste fasciné par ces objets merveilleux, et je rêve de pouvoir, grâce à eux, partager une soif inépuisable d’écouter le monde et de le faire écouter.