Décor Sonore

Une mise en scène de l’écoute

Depuis la création du monde, le son et la parole étaient irrémédiablement volatils, insaisissables, éphémères, invisibles et sans prix. Jusqu’à ce jour de 1877, où Thomas A. Edison parvint, pour la première fois dans l’histoire de l’humanité, à réentendre sa propre voix récitant une comptine.

Ce qui n’avait été qu’une utopie, à peine entrevue par une poignée de poètes intrépides, devenait soudain une réalité tangible : le son pouvait être fixé, observé, le passé sonore ressuscité, le temps vaincu ! Les premières démonstrations d’Edison déclenchèrent une incrédulité générale. Les sommités de l’Académie des Sciences crurent à un ventriloque, à un compère caché dans la pièce, à un canular. Or, c’est à la même incrédulité que vous vous heurterez, si vous affirmez aujourd’hui qu’il est possible d’entendre des paroles et des sons qui remontent à des années, des siècles ou des millénaires avant l’invention du phonographe.

De même que l’écriture – ce « remède contre l’oubli, mais poison de la mémoire » –, puis l’imprimerie, ont tenté de fixer l’immatérialité sacrée de la parole, la reproduction mécanique du son nous fait peu à peu oublier son essence même, tout ce qu’elle a de précieux dans sa nature vivante et évanescente. A quoi bon écouter dans l’instant ce qui pourra être à volonté relu, rejoué ?…

"Dans ce questionnement qui semble opposer l’écriture à la parole, et les arts vivants aux arts mécaniques, la fable des Chantiers de l’O.R.E.I. met en scène l’écoute elle-même, et particulièrement celle de notre environnement sonore. Cet environnement invisible, c’est évidemment notre habitat, notre quartier, notre ville, notre pays, notre planète. Tous ces sons qui naissent, qui meurent, ceux que nous avons connus enfant et que nous n’entendrons jamais plus, ceux qui nous ont accompagnés et qui font partie de notre vie, tout cet univers en perpétuel changement, qui est notre bien commun, et que nous avons à partager." Michel Risse