Décor Sonore

Mythologies, légendes urbaines et inconscients collectifs

L’envie de faire entendre du son qui vient du ciel est probablement liée à quelque chose de beaucoup plus puissant, mystérieux et universel qu’une simple prouesse technique, une coquetterie de compositeur ou juste pour faire l’intéressant.

Dans ce qu’on appelle « les écritures » – qui paradoxalement ont toutes pour origine des phénomènes fondamentalement acoustiques –, l’autorité divine se manifeste toujours aux humains par de la parole ou du son qui vient du ciel. En général, ce ne sont pas de bonnes nouvelles (plaies, calamités, fléaux, menaces et punitions diverses). Les commandements sont transmis de bouche de Créateur à oreille de prophète, lequel se rapproche du ciel en grimpant sur une hauteur pour mieux entendre. L’espace acoustique public est, encore aujourd’hui dans le monde chrétien, largement dominé par les cloches et, dans le monde musulman, par les appels à la prière des muezzins amplifiés.

Faire descendre du son du ciel revient donc à se placer en concurrence avec les religions. Et l’artiste, on le sait, n’a pas à se « prendre pour Dieu ». Mais là encore, si l’espace sonore est fermé à l’expression artistique, il est grand ouvert aux activités lucratives ; la terre est infestée de sons qui nous parviennent du ciel depuis une multitude d’engins qui évoluent dans l’espace aérien, sans aucune crainte de la colère des prêtres ou des voisins.

Cependant en parcourant le web et particulièrement les pages YouTube où circulent abondamment les informations aussi fausses que sensationnelles, on a la surprise de voir et entendre que l’imagination populaire ne s’est pas privée de faire venir du son du ciel ! Ces témoignages proviennent apparemment de tous les continents et, naturellement, la plupart de ces vidéos amateures sont plus ou moins habilement falsifiées et se plagient allègrement les unes les autres. Cependant le phénomène est suffisamment répandu et même « viral » pour que l’affaire trouve des échos dans la presse, même « sérieuse ».

 

Faute d’explications et de possibilités d’observation, la rumeur s’essoufle, mais au passage elle ravive tout l’imaginaire autour du son inexpliqué ; un imaginaire qui côtoie toujours le surnaturel, l’occulte, le satanique, l’irrationnel, le religieux, le biblique, l’extra-terrestre et d’autant plus qu’il vient d’en-haut. La NASA est consultée, fournit des explications peu adéquates, et les anges embouchent à nouveau leurs trompettes et pour sonner les différentes phases de la fin du monde.

Or, il ne suffit pas de coller n’importe quel son sur une vidéo de ciel pour générer une inquiétante étrangeté. Ce qui est remarquable dans presque tous ces sons qui sont censés venir du ciel, c’est qu’ils ne sont pas assez « musicaux » (instrumentaux, organisés, périodiques, comportant des motifs ou éléments récurrents, etc…) pour être considérés comme intentionnels et d’origine humaine. Il y a bien des indices de hauteur et de timbre qui font penser à des sortes de « trompettes » mais qui pourraient aussi bien être des grincements de portail ou de rideau de fer. Pourtant on ne peut pas non plus les confondre avec des sons de moteurs ou des travaux d’usine ou de chantier par exemple. Comme la localisation et l’identification sont impossibles, il y a donc un caractère fortement « surnaturel ».