Décor Sonore

Le premier point d’ouïe parisien

Nous sommes donc, d’abord et avant tout, allés écouter ce quartier de la rue Watt ; et c’est au cours des premiers repérages, en se laissant mener par le bout de l’oreille, que nous avons découvert ce qui à l’évidence était un magnifique «point d’ouïe». Un cas plutôt rare et inattendu dans la capitale française, qui nous a donné envie de le signaler en inaugurant officiellement le premier point d’ouïe de Paris.

Ce point d’ouïe n’est d’ailleurs pas vraiment un point, mais plutôt un coin, comme on dit un joli coin, ou «qu’est-ce que tu fais dans le coin ?». C’est plus vaste qu’un point précis, mais plus localisé qu’un quartier. Et en fait ce n’est même pas immobile. C’est, dans une dimension non mesurable, un petit endroit du monde où, lorsqu’on arrive, on se sent bien pour écouter. Où, lorsqu’on prend le temps de s’arrêter et d’enfin arrêter de faire des sons, on peut entendre le paysage sonore de la ville comme une composition, un récit sonore. On n’y est ni totalement à l’abri des rumeurs urbaines, ni dans un tumulte mécanique incessant. Les sons entrent en scène, comme des personnages, et ils peuvent apparaître de toutes les directions, même au-dessus de nos têtes ou sous nos pieds. Ils peuvent être si brefs et cassants qu’on ne les remarquerait même pas sans les façades qui les prolongent de leurs reflets. Ou au contraire ils sont si longs qu’ils semblent avoir toujours été là, si bien qu’on ne les remarque que quand ils s’arrêtent… Ecouter le paysage est une aventure intérieure, toujours nouvelle et inusable, et c’est ici le bon endroit, un endroit où les beaux sons ont leur place.

     La place des Beaux-Sons est désormais référencée sur Google Maps !

Cette place méritait bien une vraie inauguration, digne d’une place de village imaginaire, mais avec de vrais élus, de vraies personnalités qualifiées, de vrais discours, un vrai vin d’honneur, et même une vraie fanfare !

Une inauguration en fanfare
 

Parti à 10h58 le samedi 14 avril, le Concert\Concret, «grand concerto-promenade pour solistes et environnement», nourri de toutes les expériences de la résidence – balades borderliners, jardinages acoustiques de musiciens acousmatiques, son qui vient du ciel – traversant la rue Watt (avec même en cadeau le retour des thermophones de Jacques Rémus) précédait l’arrivée de l’harmonie La Sirène ; arrivant à 12h27 sur la place sous forme d’une sorte de Flash mob, les quarante musiciens entourèrent le public de tous côtés, formant une sorte de nuage harmonique avant de se regrouper pour exécuter la pièce solennelle (Fanfare for the common man, A. Copeland) en introduction aux discours.

Introduit par Marie Chapouillé (Coopérative De Rue et De Cirque), Michel Risse invita d’abord  d’abord Christian Huguonnet (acousticien et Président de la semaine du son), puis Cécile Regnault (architecte, conceptrice sonore et directrice de l’ACIRENE) à s’exprimer sur les problématiques de l’environnement sonore. Puis c’était aux élus, Francis Combrouse (adjoint au Maire du 13eme, en charge de l’urbanisme) et Frédéric Hocquard (Adjoint à la Maire de Paris, chargé de la Vie nocturne et de l’Économie culturelle) qu’il revenait de s’adresser à la foule et de dévoiler officiellement la plaque du point d’ouïe, avant de partager un moment festif avec le public, au son des arrangements de La Sirène et des verres du cocktail !