Décor Sonore

L’Effet Sharawadji

Récemment réintroduit en philosophie (1976, Louis Marin) et en esthétique sonore (1995, J-F Augoyard & H. Torgue), « le beau Sharawadji s'affirme par contraste avec la banalité dont il est pourtant issu. Les sons sharawadji, en soi, appartiennent au quotidien ou au registre musical connu. Ils ne deviennent sharawadji que par décontextualisation, par rupture des sens. Si la matière sonore qui suscite l'effet sharawadji reste à l'appréciation de chacun, dans un contexte donné, les paysages sonores et tout particulièrement les paysages sonores urbains peuvent, par leur imprévisibilité et leur diversité, le favoriser ».

Le paysage sonore urbain ressemble plus à une friche, un terrain vague, qu’à un jardin. Surtout pas un jardin public, avec ses massifs, ses allées et son bassin. Ni même à un jardin potager, avec ses rangées de légumes. Encore moins à un « jardin à la française », triomphe de la « culture » sur la « nature », de l’ordre sur le hasard. C’est en contraste avec cet ordonnancement parfaitement géométrique du paysage qu’au XVIIIème siècle, des voyageurs européens furent frappés par la beauté inexplicable des jardins d’Orient, dont l’harmonie n’obéissait à aucune règle apparente, et qu’ils entendirent le terme « sharawadji » pour désigner une heureuse asymétrie, une agréable irrégularité. Ce « gracieux désordre », qui « ne peut émouvoir que par surprise », fut plus tard adopté par l’aristocratie française sous le nom de « jardins anglo-chinois » (sic) et de « parcs à fabriques ». Sous leurs formes galvaudées, ils sont à l’origine des parcs publics, jardins zoologiques et botaniques, et même des parcs d’attractions.