Décor Sonore

A l’origine d’I|M

"J’eus l’intuition d’entendre le béton vibrer, dans une musique « concrète » – voire même, ici, une « concrete music » ! Je vis clairement le geste d’un musicien-danseur-athlète, proche du personnage emblématique de la Rank Organisation, frapper d’une gigantesque mailloche cette construction pour l’ébranler. Cette image sonore instantanée me hanta de manière souterraine, sans que je me pose davantage la question de sa faisabilité ni de sa place ou son développement dans une forme quelconque."
Michel Risse

"Toute utopie esthétique revêt aujourd'hui cette forme : faire des choses dont nous ne savons pas ce qu'elles sont." Th. W. Adorno

Peu avant la fondation de Décor Sonore, alors que Pierre Sauvageot et moi étions en travail sur son projet Faux Vent à Marne-la-Vallée, le site (un ensemble HLM de Ricardo Bofill, appelé le Théâtre) et ce contexte de création sonore me donnèrent la vision d’une architecture à la fois scène, monument, espace habitable et instrument de musique. J’eus l’intuition d’entendre le béton vibrer, dans une musique « concrète » – voire même, ici, une « concrete music » ! Je vis clairement le geste d’un musicien-danseur-athlète, proche du personnage emblématique de la Rank Organisation, frapper d’une gigantesque mailloche cette construction pour l’ébranler. Cette image sonore instantanée me hanta de manière souterraine, sans que je me pose davantage la question de sa faisabilité ni de sa place ou son développement dans une forme quelconque.

Les créations qui marquèrent par la suite le parcours de Décor Sonore, tout en poursuivant une réflexion permanente sur la musique en « espace libre », m’écartèrent de cette intuition si limpide ; mais le projet Instrument|Monument est de ceux qui vous habitent, se construisent et vous mènent à travers toute votre existence. Après la création des Monstrations Inouïes !, PlayTime !, en questionnant les rapports du geste au son sur les instruments électroniques de toutes les époques et technologies, me ramena à cette vision si directe, si simple et puissante, qui m’était apparue en 1983, et qui devait croiser d’autres notions rencontrées en route comme celles d’art contextuel, de théâtralité de la musique, d’origines de l’instrument de musique, de geste instrumental, d’art public, de rituel, de fonction de l’artiste, d’écriture…
Michel Risse